Louisette chez le Duc de Guise, (Suite et fin)

...Fatigué, crotté et ému,Clément se leva en la voyant entrer. Enchantée de cette marque de courtoisie, la jeune fille se jeta au cou du garçon, surpris de se qu'il lui ait fallu aller aussi loin pour que celle qu'il aimait en silence, s'aperçut qu'il vivait...
--- Tu sens la pluie de Paris sur tes habits et celle de chez-nous sur ta peau ! Dit-elle, au milieu d'éclats de rires et de quolibets, qu'occupée tout d'abord à se réjouir de sa bonne odeur, sans minauderie, elle l'entendit pas. Puis, comme les plaisanteries fusaient de plus belles, elle leur fit face :
--- Que pouvez-vous comprendre à cela, vauriens que vous êtes ? Cria-t-elle, en essuyant ses belles larmes d'émotion. Vous, qui n'avez pas de vrai pays, qui laissez vos bébés, mourir dans la crotte, vos épouses se laisser tripoter par vos maîtres, afin d'avoir de beaux habits le dimanche, et laisser les poux se loger dans vos galetas !
La Normandie consomme moins de manchettes en dentelles et de revers de soie qu'à Paris, mais elle nous aime ! Et ses filles ne font de cornes qu'aux barbons.
Oh! nous avons aussi des enfants semés au hasard, mais on ne les pose pas n'importe où !
Quant à la vermine, elle s'arrête à nos portes, en sentant l'odeur du savon et en voyant la clarté de l'eau de la Sarthe ! De notre eau gratuite, car bien que nous ayons à payer chère l'entretien de vos seigneurs de guerre, notre province ne sait pas monnayer les largesses du Bon Dieu !
A bout de souffle, Louisette, se tus. Alentours on ne riait plus, on écoutait, se berçait des mots sortant de la jolie bouche en furie. Perdue au milieu de ce grand silence où frémissait des regrets ressentit à coeurs tremblants, gênée soudain, la jeune fille dit piteusement :
--- Je... je m'excuse d'avoir été méchante et d'être entrée sans permission. J'avais tellement hâte de voir mon frère de patrie !
Toujours, le même grand silence... Lequel s'enrichit, peu à peu, de reniflements à peine exprimés, de peur que le bruit ne fasse s'envoler les marguerites, qui s'étaient mises à fleurir devant eux !
De peur, aussi, que le retour au présent ne fit oublier trop vite, qu'au delà des pavés inconfortables de la capitale, il existait des paradis où le linge séchait sur le vert des prairies...
(Extrait d'un roman sans avenir...)
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