Je me suis laissée dire... Le temps des foins !

Dans la toile immuable de ce temps d'avant, la modernité semble à présent, bousculer la grande sérénité de l'habitude de tous les jours.
Celle répétée, à longueur d'année, à longueur de vie ! Celle qui semblait si sure, puisque, bon an mal an, il en avait toujours été ainsi.
Dans ces petits villages où sans le savoir, on vivait l'essentiel, et dans lesquels, on ne se fatiguait jamais de l'habitude, l'existence s'écoulait comblée d'efforts, mais sans souci particulier des lendemains.
Cette fidèlité aux choses de la terre, où se vivait toujours le siècle dernier, lorsque débutait la saison des foins, bizarrement, l'aube se reculait d'elle-même d'une heure... Les hommes se passaient les pantalons de la veille, se chaussaient de sabots, coiffaient d'un béret qui en avait vu d'autres, et se déclaraient prêts.
Les femmes, en costumes de toujours, suivaient portant l'instant de la pause dans de grands paniers, et la coiffe enfoncée jusqu'aux oreilles, se préparaient une journée de quinze à seize heures ! Pardine ! Il fallait bien profiter d'un ciel sans menace de pluie.
On ne s'accordait que très peu de temps pour la discussion, dès que le foin coupé à la faux quelques dizaines de jours plus tôt, était prêt pour le ramassage ! Le Gervais, avait déjà attelé la paire de boeufs à un char à trainer.... Dans ces étendues de prairies séchées, le village tout entier se mobilisait, car il en était de la survie des bovins, voir des chevaux, si tant était que l'on en posséda !
Il y avait bien l'Arsène qui, toujours décidé à ne point laisser la Noémie s'en devenir vieille fille, profitait de la moindre occasion pour lui chuchoter tous bas, se que tout le village savait à voix haute : < Ah! Ca, ma moué, c'est y pour moi que tu t'es fais une beauté ? Et que ce aujourd'hui, tu sens si bon ? Crénom, va falloir que j'te marie, sinon t'en est une aut qui s'en va rester vieille fille ! Penses-y, pendant qu'mon écrevisse est encore assez vaillant >
Et la Noémie de répliquer sans lâcher le ratiau : < Ah! qu'non, mon Arsène, tu taquine trop souvent l'canon ! Et puis, j'sais point moué tout s'qui va m'faire ton écrevisse ? >
Et l'Arsène de se détourner la tête, pour qu'elle ne vit pas, les larmes de vrai chagrin que ses éternels refus lui faisaient monter aux yeux. Car avec un peu de tendresse, elle aurait pu deviner la Noémie que s'il se laissait souvent aller, sur le canon de piquette, s'était pour s'éviter de trop penser, qu'au fond, si elle ne voulait pas de lui, s'était parce-qu'elle ne l'aimait pas !
De tous cotes, on s'activait à ramasser ce foin maintes fois retourné. Des gestes automatique répétés sous un soleil de plomb à la chaleur étouffante. Puis, à en faire des tas, régulièrement répartis sur la surface du pré.
Ces différents monticules étaient ensuite chargés à la fourche, sur le char à boeufs du Gervais, puis ramenés encore et encore dans les granges du village. Les lanières de cuir accrochées aux bétes se tendaient à l'extrème, le grincement des essieux ajoutait à l'effort !
Ces divers ramassages étaient encore plus durs sur les coteaux, car on râtelait de haut en bas avant de récupérer le fourrage. La sueur coulait sur les visages tannés comme des croutes fissurées de vieux cuirs ! Se perdait parfois, dans un sillon creusé par les saisons prècédentes ! Des dos se courbaient d'une année à l'autre !
Et bien, que l'on su qu'après, allait venir très vite les moissons et le ramassage des pommes de terre, l'on souriait en sentant le soir, l'odeur du foin, sur qui souvent était tombé des larmes d'yeux à demi-brulés par la réverbèration trop forte de la clarté du ciel !
Solidaires, les gens de la terre partageaient joies et peines. Et à la fin de ces rudes journées, après avoir ajouté un plus gros morceau de lard dans la soupe, et peut-être rôti quelques volailles, on s'asseyait devant les portes, sur de vieux bancs de pierre usés par des génèrations de fond de culottes, pour écouter l'histoire de l'Alphonse : la même que celle de l'année précedente à la même époque, mais qui faisait encore bien rire...
C'est le Baptiste, un vieux paysan qui se fait le stop sur le bord du chemin avec sa vache attachée au bout d'une corde. Une voiture s'arrête et la tête d'un jeune monsieur au visage blanc comme un caca de laitier, se penche à la portière pour demander, si quelque chose ne va pas ?
..., J'mé fouler la ch'ville, et j'avions ben du mal à marcher !
...., Bon montes, mais la vache tu l'a laisse là !
...., J'va l'attacher derrière, te fais pas d'souci elle suivra.
...., Bon ! Mais je vais rouler doucement, pour ne pas la fatiguer.
...., Roules comme tu veux, elle a l'habitude de courir, cause que l'taureau de l'Amédé est amoureux d'elle !... Le touriste accélère, 40, km heure, puis 60, la vache galope allègrement. Eglantine n'est même pas essoufflée.
...., j't'avions ben dis qu'cest une bonne bête ! .... Enervé le petit monsieur de la ville accélère encore. Et la vache commence à tirer la langue. Tout content, il s'adresse à Baptiste :
...., Ah ! La voilà fatiguée, elle tire la langue !
...., Et qu'c'est de quel coté, qu'est m'la tire sa langue ?
...., A gauche, pourquoi ?
...., Alors là, mon p'tit gars va falloir te serrer, parce-qu'elle s'apprête à doubler...
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