Je me suis laissé dire... Gervais le bucheron.

C'est un septembre au soleil déclinant déjà rapidement le soir, mais encore très doux, et si l'on devine le frémissement prochain d'une nature, qui attend paisiblement la froidure de l'hiver, le chemin que va parcourir Gervais, sera relativement facile !
Pour lui, et ceux des villages alentours le moment de partir faire le travail de la " Scie ", est venu..
Pour certains, arrivant de plus loin, il faut marcher des semaines entières, le sac et la scie accrochés à l'épaule et la hache à la main, pour rejoindre les coupes de bois situées, dans le Haut et Bas Rhin, la Savoie, le Cantal, le Jura...
Le Gervais est prêt, et son épouse Alvina se presse contre sa vareuse de gros drap avec leur bébé dans les bras. Il a quatre mois, et lorsque son père rentrera quelques jours avant la Saint-Jean prochaine, le petit marchera et ne le reconnaîtra pas.
C'est un lourd tribu à payer, mais sans son salaire, la ferme de ses parents reprise par son frère ainé, ne pourrait pas faire vivre son petit monde !
Les bûcherons vont se regrouper en chemin, et en arrivant dans le haut Jura, ils seront une vingtaine. Sur, que les femmes prient déjà pour eux, car une fois au travail, les accidents sont relativement fréquents et parfois aussi, plus grave encore.
Dans la besace préparée par l'Alvina, se trouve peu de choses vraiment : De la nourriture, du linge de rechange, un peu de l'argent économisé sur la paie précédente et surtout, deux paires de sabots de rechange.
Les hommes sont graves, le curé les a bénis aux différents passages et des mains se sont levées pour leur souhaiter bonne chance ! Pour plusieurs d'entre-eux, cela fait vingt ans et plus qu'ils font le métier, partent et reviennent ensemble, enfin... presque, parce-qu'il y a parfois, des douleurs que l'on doit ramener avec soi.
Arrivés, sur le chantier, l'amitié mêlée à l'habitude de la fraternité reprend ses droits. Les abris de fortune se construisent ensemble. D'abord, celui où l'on pose les outils et les sacs. Les planches sont vite débitées sur place, on les entremêle de branchages assez solides pour retenir de lourdes mottes de terre, afin de rendre l'ensemble bien étanche. On fera de même pour les logis des hommes :
A l'intérieur, une table, quelques chaises apportées par l'employeur, avec un peu de chance, un poêle également, dont la fumée sortira par un trou en haut d'une cloison.
Le combustible ne manque certes pas, mais aux automnes doux et pluvieux succèdent dans les montagnes, le froid, le gel et la neige d'hivers rigoureux. La paille où il reposeront le soir la fatigue des journées est apportées elle-aussi, par les entreprises de scieries.
Et le travail commence par tous les temps, car chaque arrêt prolongé est une perte de salaire, puisque chaque bûcheron est payé en fonction des arbres abattus et débités.
Le soir à la nuit tombée, la soupe de pois secs, gruaux, céréales et orties, dans laquelle on trempe des morceaux de pain de son, est la bienvenue.
L'eau de pluie provenant des gouttières installées à cet effet, et recueillies dans des " vaches à eau " sert à tout.
Le dimanche, jour de demi-repos, frais lavés et rasés, les bûcherons vont au village acheter des tourtes et du lard, et disons-le, boire aussi un verre ou deux.
Parfois, les villages se méfiants des migrants cachent leurs filles, et ceux qui de loin auraient été heureux d'apercevoir une robe fleuries s'en retournent dans la forêt, la mine de rien et en chantant exprès très fort, leur patois.
Cette année là, il fit si froid qu'en février la scie refusa de mordre le bois. Cette année là, il y eu jambe et bras cassé en glissant dans la neige et la boue, mais ce fut une bonne année, car aucun arbre dérouté de sa trajectoire ne tomba sur un des hommes et ne l'écrasa.
Elle fut même si bonne que le patron content octroya une prime au moment de la paie, et que le fils de Gervais, s'il ne le reconnu pas, se jeta dans ses jambes à son arrivée, parce-qu'il est un bien charmant bambin. Et les anciens, radieux, tous là... ouvrant grand la bouche sur leur mâchoire édentée participèrent au grand sourire de joie qui éclaira la grande cuisine !
A demain mes ami(es). mercide votre fidélilé et n'oubliez pas combien vos commentaires sonr encourageants.
