Je me suis laissé dire... le Mégotier !
Parfois, lorsque les métiers de la terre ne parvenaient pas à nourrir tous les fils de la maison, l'un ou l'autre, se louait dans des régions où des fermes prospères embauchaient à l'année. Considéré comme une fatalité, ça n'en était pas moins souvent un crève-coeur...
Ceux, moins attirés par la vie de paysan, voir tout bonnement curieux d'espérer ailleurs, s'en allaient tenter leur chance à la ville. C'est ainsi que l'on pouvait croiser des hommes, issus de la vie des campagne devenus charretiers, égoutiers, éboueur, potiers ou chiffonniers.
Mais il y avait aussi les moins attirants pour le citadin.... ces paysans ne parvenant pas à s'ôter le parler du pays de la bouche, ne sachant pas toujours lire correctement et encore moins écrire. Ceux dont on se moquait avec autant d'imbécillité que de cruauté.
Alors, le Joseph, l'Antoine et l'Arsène se baissant la tête pour que l'on ne vit pas le rouge de leur front, s'en devenaient mendiant ou mégotier, se qui revenait à peu près au même, puisqu'une grande partie de leur travail se devait faire en rampant sur les genoux.
Dame ! C'est que les précieux mégots se trouvaient souvent là, où en sortant du spectacle ou d'un bon restaurant, le bourgeois indifférent l'envoyait soit négligemment, soit par malice, sous les tables d'une terrasse, les roues d'une voiture et même les poussait du pieds sous les portes cochères posées à quelques centimètres du sol.
Là, il se fallait servir d'un mince crochet à long manche et se relever, souvent sous des moqueries.
Pour tout pécule, en dehors des hardes de tous les jours l'exilé, ne possédait que le bel habit régional, soigneusement emballé dans un sac de jute, logé dans une chambre misérable, louée pour quelques sous, dont l'image était enfouie au fond de son coeur avec le souvenir de grandes prairies, fleurant bon le foin fraîchement coupés !
Les bouts de cigares représentaient une aubaine pour laquelle, on se bousculait et aurait été plus loin parfois, sans la peur d'être ramasser par un policier désoeuvré, trouvant là, son occupation du jour.
Le soir, voyaient les Mégotiers, décortiquer, trier et tamiser leur modeste butin. Ensuite, le tabac ainsi récolté était humidifié, pétri et mélangé avec une grande minutie, puis enfoui dans les paquets usagés récoltés auprès des éboueurs, lesquels par gentillesse ou pour quelques centimes, les laissaient se servir dans les ordures venant d'être balayées.
Présentés du mieux possible, les paquets rafistolés étaient ensuite proposés aux classes sociales, juste un peu moins démunies, que les petits commerçants de la débrouille : ces acheteurs là, utilisaient le produit pour priser ou chiquer.
Au moment du décorticage, l'humiliation suprême était souvent d'avoir affaire à des mégots de cigarettes roulées à la main, jaunis et encore baveux de salive gluante.
Alors, la gorge serrée, après s'être bien lavées les mains dans le seau d'eau puisé à la fontaine publique, on tentait de s'effacer le rouge du front en ouvrant, telle un relique, le sac qui contenait le bel habit régional... le contemplait en retenant avec peine, des larmes douces amères, puis le caressant du bout des doigts rêvait au temps, d'il n'y a pas si longtemps, combien en fait... ? L'Antoine, le Joseph et l'Arsène dansaient aux fêtes de villages avec des jolies filles en robes des dimanches et à la coiffe empesée....
A demain les amis. Merci de votre fidèlité à ce blog, et n'oubliez pas combien vos commentaires sont encourageants.
C'est article est une réedition, je l'avais publié il y a dix mois environ ! Il esttoujours très suivi dans mes archives... Et je ne vous connaissais pas tous !

