Un polar à l'ançienne, Lieutenant Al Weeler, n°2)
Le cochon qui rêvasse !Lorsque je regagne le living-room, elle est assise dans un fauteuil...
Les genoux collés l'un à l'autre, mais les cuisses pratiquement exposées jusqu'au zizi, et elle tient un verre à la main. Je lui demande la permission de téléphoner et appelle le bureau pour qu'on m'envoie l'équipe de zombies. Je me tourne ensuite vers la blonde, qui m'observe, les yeux ronds, comme si elle s'attendait de me voir d'un instant à l'autre sortir un lapin de mon chapeau.
-- Vous avez un nom ? je lui demande.
-- Julie, Julie Trent.
-- Vous savez qui c'était ?
Elle opine piteusement du bonnet.
-- M.Lloyd. Nathan Lloyd. Mon patron.
-- Rien de plus ?
-- Je n'étais pas sa maitresse ni quelque chose dans ce goût-là, précise-elle d'un ton inquiet...Enfin... on était amis, sans plus. Evidemment... (elle mordille un instant sa lèvre inférieure charnue) il y a bien eu une nuit à Los Angeles. C'était strictement un voyage d'affaires et il m'avait emmené. Mais le dernier soir, là-bas, il m'a invité à dîner et je suppose qu'on a un peu trop bu tous les deux et... enfin, bref, c'est arrivé.
-- Il était marié ?
-- Il était marié, répond-elle avec amertume. Ah ça, pour être marié, il l'était !
-- Comment ça ?
-- Je ne devrais pas dire ça je suppose, mais sa femme était d'une jalousie absolument dingue. Quand elle a su qu'il m'emmenait à L..A, elle a fait une scène épouvantable. Il me l'a dit plus tard quand on était à L..A.
__ Sa femme ne le comprenait pas ?
-- D'après Nathan, elle ne le comprenait que trop bien. Mais il était persuadé qu'elle avait un ou deux amants qu'elle se tapait en douce, et de toute façon, il me respectait trop pour essayer de profiter de la situation sous prétexte que l'on faisait un voyage d'affaires.
-- Il vous a dit ça je suppose, avant la dernière nuit que vous avez passée ensemble à L..A ?
-- Je pensais que vous étiez gentil, dit-elle. Le genre d'officier de police compréhensif. Maintenant voilà que vous lancez des vannes !
-- Et c'était votre patron ?
-- J'étais sa secrétaire. Lloyd & Cotlow. Ils sont associés.
-- Dans quoi ?
-- Enquêtes privées. (Elle boit une gorgée et je remarque que ses mains, cette fois, tremblent à peine). Ils s'occupent surtout d'affaires industrielles.
-- Espionnage industriel ?
-- Si vous voulez.
Manifestement ce genre de problèmes ne la tourmente guère.
-- Combien de personnes emploient-ils ?
-- Il y a--- il y avait ! -- les deux associes, bien entendu. J'étais la secretaire particulière de Nathan et Lynn Andrews est celle de George. Et puis il y a Bill Petrie. C'est un enquêteur.
-- Et c'est tout ?
-- C'est surtout un travail spécialisé. Nathan a toujours dit que leur association reposait sur la qualité, et- non la quantité.
-- Le bureau est dans le centre ?
-- Au coin de la troisième rue et de la grande rue.
-- Où Lloyd habite-il ?
-- Quelque part dans Valley Heights. Je n'y suis jamais allé.
Un coup de sonnette retentit et elle manque lâcher son verre.
Je vais ouvrir. Doc Murphy entre, suivi d'Ed Sanger, du labo criminel.
-- La chambre à coucher, messieurs, dis-je. Vous trouverez le cadavre dans la penderie.
-- Parfait, déclare Murphy. Ca dénote un esprit ordonné. Accroché à un cintre ?
-- Assis par-terre, je précise. Je suppose que ça la fatigué, qu'on l'abatte d'une balle en plein front.
-- Réflexes normaux, par conséquent, dit Murphy. Je ferai bien d'aller examiner le premier avant qu'Ed ne me déclenche ses flashes en pleine figure.
Ils se dirigent vers la chambre à coucher et je retourne dans le living-room. Julie Trent a vidé son verre et le tient maintenant étroitement serré entre ses mains. Son peignoir a encore remonté d'un cran. Je baisse les yeux, constate qu'il n'est pas encore remonté assez haut, et les relève.
- Vous avez vu ce qui était écrit sur un bout de papier, lieutenant ?
-- Bien sûr.
-- Tu es la prochaine salope ! (Elle frissonne.) Ca m'a fichu une telle trouille, lieutenant, que j'en suis encore malade !
-- Vous pensez que sa femme, folle de jalousie, l'a tué et compte maintenant vous faire la peau ?
-- C'est évident, non ? demande-elle d'une voix morne.
-- Ca l'est même un peu trop, vous ne trouvez pas ? Ce genre de publicité ne peut que lui valoir de graves ennuis, pas vrai ?
-- Je suppose, dit-elle, dubitative. Mais pourquoi quelqu'un d'autre aurait-il laissé ce genre de message ?
-- Ca va être un de mes plus gros problèmes. Mais si vous avez tellement peur, quelqu'un pourrait passer la nuit ici.
-- Je peux aller dormir chez Lynn Andrews, répond-elle, pas très enchantée par cette idée.
-- Si vous restez ici, en tous cas, n'oubliez pas de boucler la porte d'entrée. Et si on sonne, vérifiez avant d'ouvrir.
-- Je vais aller chez Lynn, ça c'est sur !
-- Si vous vous serviez un autre verre pendant que je vais voir le médecin légiste ? Je suggère.
Doc Murphy est en train de boucler son petit sac noir quand j'entre dans la chambre.
-- Vous avez vu les traces de poudre ? demande-t-il. Ca fait à peu près huit heures qu'il est mort, je pense. Il n'est pas tout à fait raide.
Je consulte ma montre.
-- Vers onze heures ce matin, c'est ça ?
-- Vous l'avez peut-être déjà remarqué ? demande Murphy à Sanger. Le lieutenant devient vraiment nerveux quand il faut se livrer à un calcul mental. (Il me considère d'un oeil rigolard.) Ne vous inquiètez pas, Al, cette fois vous êtes tombé juste.
-- Merci Doc, dis-je humblement.
-- J'ai toutes les photos que vous voudrez, dclare Ed Sanger. Je peux emporter le message, je suppose ?
-- Vous pouvez même le garder en souvenir, si vous voulez, je lui réponds.
Un nouveau coup de sonnette retentit et j'espère qu'il n'a pas flanqué une soudaine crise cardiaque à la blonde mousseuse.
(De carter Brown), présenté par Nettoue. La suite samedi 18 Avril.
Et demain, je vais à nouveau chercher dans < les photos de famille... >
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