Airelle et Myrtille... suite n°6)

Le temps et le froid avaient passés sur Louise engourdie dans ses souvenirs...Elle avait perdu la notion de l'un et oublié l'autre !
Aujourd'hui, avoir revécue un peu de naguère lui faisait du bien...Allégeait son angoisse de la veille, qu'au fil des heures d'une nuit sans sommeil, elle domestiqua, pour se la rendre plus lucide.
Il lui fallait trouver une parade et la trouver vite ! Car, dans la révolte des < nus pieds >, la noblesse de province puisait assez hypocritement, matière à étendre sa propre rancune. Elle ignorait encore comment elle allait s'y prendre, pour mettre son fils à l'abri de ce danger là ?
Et pendant sa courte évasion dans son temps d'avant, elle lutta pour n'y point songer. Il lui fallait un esprit clair pour bien abuser Bertrand ! Ceps le jeune valet qui l'escortait discrètement, s'approcha pour lui déposer une couverture sur les épaules.
Il appartient à Bertrand, en tout bien tout honneur, et ne se sépare de lui, que lorsqu'il sait Raisin son frère jumeau à son coté. Dévoués autant que fidèles, ils ne semblent être venus au monde que pour le servir doublement.
Ce fut d'ailleurs, parce-qu'il ne se pardonnait pas, d'avoir l'espace d'un boulet, eu à satisfaire un besoin naturel, qu'après l'explosion de la tête du sixième marquis de Perceval, et pour que pareille horreur ne se reproduise pas, que leur père de retour chez-lui, fit à une épouse étonnée deux enfants du même coup !
Louise le remerciât d'un sourire, mais le cheval avait bougé et le charme fut rompu. Il fallait rentrer. Elle réajusta donc sa chaude tenue d'amazone, doublée de laine et fit signe au valet de l'aider à se remettre en selle.
Comme elle s'apprêtait faire demi-tour, son regard qui absorbait encore le paysage, découvrit une troupe d'homme armés galopant sur la route d'Alençon au Mans. °°°, les hommes de Gassion... pensât-elle, en luttant contre un retour accru de son souci.
Elle ferma les yeux, une voix musicale se fit alors entendre :
...., Bonjour madame la marquise. Mon père vous a vu passer tout à l'heure, et si vous le voulez bien ? Le lait est chaud et nous avons du pain frais. Et maman vient de sortir des galettes du four...
Qui est cette radieuse enfant ? Louise chercha dans ses souvenirs... Déjà ? Ce pourrait être hier ! Et pourtant les quinze ans radieux de la charmante faisait foi des années écoulées.
...., Ainsi dit-elle, pensivement... Les Bénédictines t'ont laissée partir ?
...., J'espère qu'elles n'ont point surestimés mes mérites, en jugeant mon éducation terminée, madame la marquise !
...., Vraiment ? L'an dernier tu étais encore maigrichonne et couverte de tâches de rousseurs... Fit Louise, mal remise de sa surprise, avant d'ajouter... Dis-moi, Airelle, comment as-tu fais pour te fabriquer aussi ravissante, en aussi peu de temps ?
La petite eut un rire. Un joli rire clair et frais qui découvrit de mignonnes dents d'un blanc rose de fleurs de nénuphar.
...., Je ne vous ai pas vu depuis deux ans, madame la marquise, et ce temps m'a servi à grandir...
Louise réfléchit rapidement. La jeune fille avait raison. Très strictes les règles du couvent n'autorisaient les sorties, qu'un dimanche, par mois et pour Noël. Lequel apportait traditionnellement, les fermiers et leurs familles au château, pour un échange de souhaits et de cadeaux.
...., En effet ma mie L'agitation de la province à privée cette année, < Bois aux nids >, de ces enfants, et l'année dernière, tu étais grippée, il me semble !
...., Les soeurs ont préférées ne point me laisser sortir. J'en ai été bien peinée. ... En même temps, elle sourit à nouveau, et Louise s'émut. °°° Un vrai miracle de la nature égaré dans une ferme, se dit-elle, en acceptant l'invitation.
...., Les galettes de maman Simonette poussent à la gourmandise et un instant de bon feu, est tout à fait se qu'il me faut ! Ceps va te prendre en croupe.
Le père Magloire avait le bonnet à la main et le front penché. Derrière, lui se tenait Simonette, qui marquait ainsi le respect du à l'homme !
( Quatre choses sont bonnes en son logis, pensa Louise amusée : Bonne gélinière, bonne cheminée, bon chat et bonne femme... )
...., Bonjour ma bonne Simonette, bonjour père Magloire ! Je viens me chauffer un peu, dit Louise en s'asseyant.
L'intérieur était celui de très petites gens. Et pourtant l'odeur d'écorce brûlant dans la cheminée de pierres grises, celle du pain et du lait chaud, qui assaillait aussitôt les papilles, la grande table de bois sur laquelle étaient posé un bol en étain, du beurre et de la confiture, et jusqu'au vase de faïence garni d'une branche de houx, démontraient que sur les terres d'Harcourt les mécontents se devaient de ne l'être que d'eux même...
Simonette s'empressa à la servir, sa fille se tenait à coté de son père, bien droite, timide mais point craintive ! Et si jolie... Il était évident qu'elle déroutait le fermier, sinon, il ne l'aurait pas laisser à ne rien faire, surtout en présence de sa marraine !
Tout en dégustant un morceau de galette, Louise observa à nouveau la jeune fille . D'épaisses nattes rousses s'échappaient de son bonnet blanc. Des yeux immenses, oscillants entre l'émeraude et le turquoise dont ils avaient l'éclat... Elle possédait une peau fine et délicate, protégée jusqu'alors par les murs du couvent. Crémeuse à donner à tous mâles normaux l'envie de s'y promener les lèvres...
Les années allaient lui poser des fossettes aux bons endroits, et sans doute, les seins douillets de sa mère ! Sans qu'elle en eut encore vraiment conscience, encore l'idée commença à germer en Louise... Elle but le lait et dévisagea Magloire, qui à son avis devait se demander, comment il avait bien pu, se fabriquer une enfant de cette sorte...
A moins qu'il ne l'ait compris, et en ait pris son parti ? Après tout, Airelle lui fait honneur, et lui procure l'avantage de ne lui rien coûter. Par l'intermédiaire de Louise, dont il fit, une marraine, Francois de Bouchet y veilla...
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